19.01.2009

Chronique de disque: "Mother Juno" du Gun Club

Voici deux chroniques de CD que j'avais réalisées pour un webzine musical. Mais ils n'ont finalement pas accepté ma candidature de chroniqueur. Alors je vous les livre ici.

 

THE GUN CLUB : MOTHER JUNO


Quand cet album sort en 1987, le Gun club du légendaire et autodestructeur Jeffrey-Lee Pierce s'était démantelé deux ans plus tôt, après la sortie de 3 albums de punk blues psychobilly hantés par les fantôme de Robert Johnson et autres bluesmen du delta. Les problèmes d’alcool et de drogues de Pierce étaient une des causes principales de ce split pas vraiment officiel. L’insuccès de The Las Vegas story aussi. Cette reformation du groupe se fait avec le complice guitariste Kid Congo Powers (de retour entre un passage chez les Cramps et une participation aux Bad seeds de Nick Cave) mais sans le batteur d'origine ni la bassiste Patricia Morrison (partie officier dans The sisters of mercy). Ils sont remplacés par Nick Sanderson à la batterie et Romi Mori à la basse (qui était aussi la compagne de J-L. Pierce). Autre surprise, c'est Robin Guthrie des Cocteau Twins qui assure la production et crée un son bien en phase avec les chansons torturées du groupe, un son qui rappelle un peu Miami mais qui est plus élaboré et 80’s que dans les 2 premiers albums (assez bruts et secs) mais aussi moins influencé par le hard-rock que le précédent LP (The Las Vegas story). 


Et finalement, ce sera un de leurs meilleurs albums, le son de bien meilleure qualité que sur Miami permettant d'apprécier des compositions excellentes et assez variées dans leurs styles et leurs rythmes. On a toujours droit aux textes sombres et malsains parlants de folie et de mort, et à ces ambiances mystérieuses et inquiétantes qui font penser aux bayous de Louisiane ou de Floride (Swamp rock), distillées à coups de guitares slide spectrales et de larsens lugubres. C’est que Jeffrey Lee a une personnalité assez torturée et est fasciné par la mort…

Sa voix, déjà très spéciale et reconnaissable entre toutes, avec ce chant toujours à la limite de la justesse et dont la mélodie ne suit pas toujours les accords de guitare, atteint ici un niveau supérieur dans la subtilité d'interprétation. On s'en rend compte en écoutant le fascinant "Yellow eyes", balade vaguement Rythm & blues  avec un long final plein de bruitages mystérieux. La voix aigue et puissante de Pierce montre ses capacités dans l'épique "Hearts" et le plus calme mais grandiose "Port of souls". Tandis que les influences country se font sentir dans des morceaux comme "Bill Bailey" et "My cousin Kim". Le son plus pop de "The breaking hands" et "Nobody's city" préfigure le style de l'album suivant: "Pastoral hyde & seek". Nobody’s citys et Crabdance sont d’ailleurs des bonus tracks de la réédition CD de Mother Juno. Mais le Gun club nous livre aussi des brûlots sauvages dignes de leurs débuts: le bien nommé "Thunderhead" et "Lupita Screams" aux accords rageurs et aux mélodies accrocheuses. 


En conclusion, un bon album pour découvrir l'univers si particulier du Gun club,  surtout pour ceux qui pourraient être rebutés par la dureté de Miami. Mais les amateurs de son plus crade et de blues-country-punk préfèreront sans doute les 2 premiers albums ainsi que Death Party.

 

Avis : 8/10


Gun club - Mother Juno

 

Chronique de disque: "That what is not" de P.I.L.

Voici deux chroniques de CD que j'avais réalisées pour un webzine musical. Mais ils n'ont finalement pas accepté ma candidature de chroniqueur. Alors je vous les livre ici.

Public Image Limited : That what is not

 


À partir de 1984 et l'album "This is what you want...this is what you get", P.I.L. a progressivement délaissé son style post-punk hermétique et influencé par le rock expérimental allemand des 70's, pour se diriger vers la composition de morceaux rock plus accessibles. 


Pour le dernier album du groupe, That what is not, paru en 1992, on peut même dire que l'ancien chanteur des Sex pistols a lorgné vers le hard-rock. Il a pour cela repris du line-up des deux albums précédents John Mc Geoch (lead guitarist de groupes New wave comme Magazine, Visage et Siouxsie & The Banshees) et le bassiste Allan Dias. Il l'a completé avec Curt Bisquera (célèbre batteur de studio) et Gregg Arreguin à la guitare rythmique. Le tout produit par Dave Jerden, qui a travaillé entre autres pour Jane's addiction, Alice in chains ou The Offspring. D’ailleurs, le CD promo sorti à l’époque avait pour titre That what is Metal. Je me souviens d'une interview télé de l'époque ou notre "Johnny Rotten" se montrait assez satisfait du travail de Mc Geoch sur son album, vantant son sens du riff efficace. Et c'est vrai que les bons riffs ne manquent pas sur ce disque, comme dans le glacial "Cruel" qui commence tranquillement avec une boîte à rythmes avant que la dévastation n'arrive par surprise avec la guitare de Mc Geoch et la batterie déferlante de Bisquera. Batterie qui est particulièrement bien mise en valeur sur ce CD, comme par exemple dans "Acid drops", morceau épique de plus de 6 minutes dans lequel Lydon s'interroge sur le libre-arbitre et se demande "qui censure les censeurs ? Puis-je le faire moi-même ?". A la fin du morceau, un riff grandiose en overdrive se répète sur fond d'un "no future" directement samplé de "God save the queen" des Pistols. Ainsi la boucle est bouclée pour Lydon, avec cette référence au plus célèbre morceau des Sex Pistols, sur ce qui sera le dernier disque de son deuxième groupe: P.I.L. 


Si John Lydon a rendu ses chansons plus accessibles et même employé la section de cuivres Tower of Power et rajouté de l’harmonica sur quelques morceaux, la chose qui ne change pas, c'est sa manière hystérique de chanter (et de hurler). Par moments, on dirait les cris étranglés d'angoisse d'un porc coincé dans sa cage cernée par les flammes ! Et ses textes sont, comme à son habitude, ironiques, provocateurs et polémiques. Outre Acid drops et Cruel, les autres moments forts de l'album sont pour moi : Luck's up, God et Think tank. Si vous n'aimez pas les albums de P.I.L. à cause de la voix de son chanteur, peut-être aimerez-vous quand même celui, grâce à son style résolument rock ?


Avis : 7/10

 

That what is not cover